"Administration de l'architecture & contrôle architecture", le séminaire de Jean-Pierre Epron à l'école de Chaillot (1987-2001)

Lorsqu’il transmet son enseignement en 2001 à Nathalie Mezureux qui va lui succéder au Cours de Chaillot, Jean-Pierre Epron (1929-) énonce ainsi ses objectifs : « Placer la pratique du projet dans son processus social et politique » et « introduire une histoire de l’architecture par l’histoire de son processus : proposer des concepts, hypothèses, notions, catégories pour la faire et pour la penser1 ». Arrivé en 1987, année du centenaire de ce Cours fondé par Anatole de Baudot, il avait contribué treize ans au cursus de cette école qui spécialise les architectes à la restauration du patrimoine bâti et assure un partie de la formation des architectes des bâtiments de France (ABF). Il y était chargé d’un cycle de cours et d’exercices intitulé “Administration de l’architecture et contrôle architectural”. Si ce séminaire, comme il l’appelait, a évolué dans sa forme, les objectifs sont restés dans l’ensemble les mêmes.
 

Un architecte pédagogue qui s’intéresse à la profession

Né en 1929, Jean-Pierre Epron est une figure majeure de l’enseignement de l’architecture du XXe siècle en France. Il fait ses études d’architecte à l’École des beaux-arts dans l’atelier de Louis Aublet, d’où il sort diplômé en 1955 alors qu’il a déjà un chantier en cours. Il fonde ensuite son agence avec un camarade d’étude, Christian-Édouard Lambert2. Durant ses études, il donne des cours de dessin dans l’école des commis d’architectes de la Société des architectes diplômés par le Gouvernement (SADG). Il amorce une activité d’enseignant qu’il ne quitte qu’à sa retraite. Parallèlement, Epron est un membre actif de la SADG, société dont il est vice-président aux côtés d’Otello Zavaroni, président de 1966 à 1968. Il y anime notamment l’équipe qui fonde la revue AMC en 1967. En février 1968, Epron est choisi par les élèves architectes de Nancy pour reprendre l’atelier de Michel Folliasson. Arrive mai 68 et il est nommé chargé d’enseignement en septembre et met en place, avec Claude Chambon en tant que directeur, l’unité pédagogique d’architecture (UPA) de Nancy. Très rapidement, il y crée le Centre d’études méthodologiques pour l’aménagement (CEMPA), un des premiers centres de recherche en architecture, où il mène une intense activité de chercheur mais aussi de directeur de recherche.

Tour à tour architecte-constructeur, président d’un syndicat professionnel, directeur pédagogique, enseignant et chercheur, Epron a mené des recherches pionnières sur l’enseignement du projet d’architecture3, la profession d’architecte et son institution. Celles-ci ont nourri son enseignement, dont la pédagogie appliquée au projet, qu’il dispensera à l’École de Chaillot.

Quelques prémices du séminaire de Chaillot

C’est dans les activités du département “Échange & formation” de l’Institut français d’architecture (IFA), que Jean-Pierre Epron dirige de 1981 à 1994,4 que l’on trouve les prémices les plus abouties du futur séminaire de Chaillot. En 1982, il y organise un séminaire intitulé « Administration de l’architecture ». Ouvert aux professionnels, le cycle comporte douze séances : « Hypothèse sur l’institution architecturale », « Historiographie et archives architecturales », « L’institution architecturale pendant la période révolutionnaire », « La commande - maîtrise d’œuvre et maîtrise d’ouvrage », « La profession d’architecte », « La commande scolaire », « La pratique de l’Inventaire général », « De la loi à la Norme », « Les architectes des bâtiments de France », « Le Conseil général des bâtiments de France » et « Théorie de la commande architecturale ». D’après l’organisateur, ce séminaire n’a pas connu le succès escompté. Quelle qu’ait été la fortune de cette tentative, le thème et la structure du futur séminaire de Chaillot y sont déjà présents.

Plus tard, en 1985 et 1986, alors qu’il travaille avec François Ewald sur un nouveau rapport de recherche, « Patrimoine et contrôle architectural : introduction à l’étude des pratiques du jugement », Epron participe à un cycle de formation organisé par l’IFA à l’attention des ABF et des Inspecteurs des sites. Ce tour de France le rapproche de ces acteurs du patrimoine bâti et l’amène surtout à mieux connaître et comprendre les manières d’agir des premiers. Chemin faisant, lorsqu’il s’apprête à entrer à Chaillot, Epron signe un article dans la revue de l’Association des architectes des bâtiments de France (ANABF), au titre annonciateur de « Jugement architectural et contrôle social5 ».

Le séminaire à Chaillot : une nouveauté pour l’école (1987-1991)

Jean-Pierre Epron est accueilli à Chaillot en septembre 1987 par le tout nouveau directeur, Jean-Pierre Halévy6, avec lequel il avait déjà collaboré à Nancy notamment. Halévy est chargé de la réorganisation du programme d’enseignement de ce qui est depuis dix ans le Centre d’études supérieures d’histoire et de conservation des monuments anciens (CESHCMA). Dans une note produite à cet effet, il identifie « trois grands problèmes » qui doivent être résolus par le nouveau schéma d’enseignement : les centres anciens, l’histoire et la politique du patrimoine. Concernant ce dernier problème, il indique que le « centre a un très bon cours sur les règles et les raisons d’être des règles organisant les interventions sur le patrimoine. Mais les attitudes devant les restaurations, les classements, le patrimoine, les enjeux sociaux et économiques évoluent très vite. Le contrôle architectural est chaque jour plus public (collectivité, associations, particuliers ?) et exige un argumentaire chaque fois plus solide7 ».

C’est dans ce contexte d’évolution du programme que Jean-Pierre Epron est amené à faire sa proposition d’enseignement. En introduction d’une note qu’il rédige vraisemblablement en vue de son arrivée à l’école, il écrit : « L’objet d’un enseignement dont le titre pourrait être “administration de l’architecture et contrôle architectural” est d’apporter aux étudiants de l’école de Chaillot les éléments d’information et d’analyse sur le rôle de l’État dans la production architecturale et des hypothèses sur l’histoire et la pratique du contrôle architectural. L’histoire des rapports entre le pouvoir politique et les pratiques des architectes est riche d’enseignement sur les situations nouvelles où nous sommes. L’étude de cette histoire permet une réflexion théorique par une sorte “d’économie politique” de l’architecture qui n’a pour l’instant, fait l’objet d’aucune approche spécifique. L’enseignement proposé vise à combler cette lacune8. » Il évoque les sources qu’il entend mobiliser, notamment ses recherches menées au CEMPA puis à l’IFA. Il parle aussi d’« activités pédagogiques originales9 ». La note se termine avec l’ébauche d’un programme de cours. L’enseignant propose « quatre séries de 12 cours qui devraient être combinés pour former un ou deux programmes sur deux ans, adaptés aux autres activités pédagogiques de l’école10 ». Les quatre programmes s’organisent autour de dominantes : institutions et professions, histoire de l’histoire de l’architecture, contrôle architectural et technique constructive. Pour chacun de ces programmes, des titres de cours précis sont proposés. Enfin, l’auteur indique que chaque cours sera accompagné d’un dossier documentaire.

Sur ces bases, le cours proposé par Epron est inscrit au nouveau programme. Avec l’enseignement de la législation, il constitue un groupe d’enseignements dénommé « Politique du patrimoine ». Celui-ci prend place dans le nouveau schéma général d’enseignement aux côtés des six groupes pré-existants : Histoire de l’architecture, Stabilité & consolidations, Techniques anciennes, Arts monumentaux, Restaurations & réutilisations, Espaces urbains.

Le 12 octobre 1987, Jean-Pierre Epron donne son premier cours au Trocadéro. Comme une forme de facétie inaugurale, il refait le même cours qu’Anatole de Baudot, cent ans auparavant11. Suivra une série de onze exposés dont la majorité sont donnés durant la première année du cycle12 : « Le jugement en architecture », « La notion de doctrine », « Le rapport à la technique », « Le rapport à l’histoire », « L’École des beaux-arts », « La norme », « La normalisation », puis en seconde année : « Les doctrines de la restauration » et « Les doctrines de conservation de la ville ». Les intitulés des cours sont différents et plus courts que ceux proposés dans la note citée précédemment. Ils sont accompagnés de dossiers documentaires qui regroupent chacun une dizaine de textes dont certains d’Epron. Enfin, soucieux d’illustrer son propos, Epron propose aux étudiants deux exercices : une esquisse architecturale avec jury et la rédaction d’un avis conforme en référence à celui que pratiquent les ABF.

Si la logique qui sous-tend l’enchaînement des exposés donnés lors de cette première session n’est pas évidente à saisir, elle apparaît plus clairement lors de la session 1989-1991. Dans les notes préparatoires de son 6e cours, donné en décembre 1990 (fig. 1), Epron indique l’organisation générale des onze cours de son séminaire. La première année vise à étudier « l’institution dans l’histoire de l’administration de l’architecture et du contrôle architectural13 » au fil de sept cours : « Introduction », « Corporations – organisation corporative et la police des bâtiments », « L’Académie d’architecture », « La synthèse de la Révolution », « La naissance du mouvement 1793-1830 », « 1830-1870 – institutions et profession », « 1870-1900 – les architectes et la République ». Les quatre cours de la deuxième année « visent à informer le problème de la pratique du jugement » dans ce même cadre : « La pédagogie de projet », « La pratique du concours », « La critique architecturale », « Politique technique et contrôle architectural ».

Le séminaire change de place dans le programme d’enseignement qui est maintenant organisé en trois certificats : Conservation et restauration des édifices, Histoire de l’architecture et des arts monumentaux, Restauration urbaine. Le cours d’Epron rejoint ce dernier, et ne le quittera plus. L’enseignement « Politique du patrimoine » est, quant à lui, intégré dans le groupe « Conservation et restauration des édifices » et, en conséquence, ne traite plus que de législation.

Sans exercices, le cours se réduit mais se précise (1991-1995)

Les recherches de l’auteur n’ont pas permis de reconstituer précisément le séminaire de la session 1991-1993. Elles ont révélé toutefois quelques évolutions dont certaines auront des conséquences importantes quant à la suite de l’enseignement dispensé par Jean-Pierre Epron à Chaillot. Tout d’abord, s’agissant du schéma général d’enseignement, l’enseignement « Politique du patrimoine » rejoint à son tour le certificat « Restauration urbaine ». L’ensemble prend le nom de « Contrôle du patrimoine architectural » retournant au fond à la situation du programme de 1987-1989. Ensuite, le nombre d’exposés attribué au séminaire est réduit de moitié. Enfin et surtout, les exercices pédagogiques qu’organisait Epron en complément de ses exposés, et que nous présenterons ultérieurement, sont supprimés ou pris en charge par un autre enseignant. En conséquence, après deux sessions, Epron est privé du rôle d’évaluateur et ne siège plus ni dans le conseil des professeurs ni dans les jurys de l’école.

Si les titres des cours « Contrôle du patrimoine architectural » de la session qui s’achève en juin 1993 sont inconnus à ce stade, en revanche ceux de la session 1993-1995 le sont. Les six cours sont libellés « Histoire du contrôle architectural » dans les emplois du temps et traitent, après une introduction, les sujets suivants : « Institution architecturale », « Doctrine architecturale », « Le projet », « Normes et concours », « Jugement en architecture et contrôle social ». L’effort de réduction et de synthèse porte sur l’histoire de l’institution architecturale, première partie du cours précédemment organisée en sept exposés. En revanche, la partie présentant la problématique du jugement en architecture reste inchangée. Epron donne l’explication de cette nouvelle organisation lors de son cours du 15 mars 199414 : « Le Projet » fait le lien entre les exposés précédents (« Institutions » et « Doctrine ») et les suivants (« Concours » et « Norme et Jugement »). Il poursuit en indiquant que l’activité de projet, f est un nœud qui relie toutes les activités satellites de l’architecture et a résisté aux chocs successifs dont 1968. Epron accompagne ses cours non plus de dossiers documentaires mais de larges extraits d’Architecture, une anthologie15, ouvrage en trois tomes qu’il a dirigé à l’IFA et dont la publication est concomitante à cette seconde période du séminaire de Chaillot.


 

Dire l’essentiel et transmettre le flambeau (1995-2001)

La session 1995-1997, le CESCHMA étant dirigé par Alexandre Metro qui reste en poste de 1994 à 199616 marque une dernière évolution dans l’enseignement que Jean-Pierre Epron donne sur le contrôle architectural. Le nombre d’exposés attribués à l’enseignant est réduit de nouveau, passant de six à quatre : deux exposés en première année sous l’intitulé unique “Rupture entre ville et urbain”, et deux en seconde année, “Les réglementations et leur évolution”. Ainsi, pour la seule fois durant la période 1987-2001, l’intitulé « Contrôle architectural » n’est pas mentionné dans le programme du cursus de l’école de Chaillot. Sans lien apparent, l’ensemble perd de sa cohérence sur le papier mais dans la classe, c’est toujours Epron qui enseigne ! Et de fait, à la faveur de cette nouvelle réduction et sans doute concomitamment à la rédaction de son dernier livre Comprendre l’éclectisme17, Epron synthétise une nouvelle fois les objectifs et les contenus de son enseignement. Il donne ainsi en fin de cursus deux cours, sans lien apparent avec l’intitulé du programme, mais qui résument bien ses intentions : « De l’enseignement de l’histoire dans l’enseignement de l’architecture », « De la critique en architecture, pour une pédagogie du jugement ».

Après cette session 1995-1997 plutôt décousue et désormais sous la direction d’Alain Marinos, les exposés de la session qui s’ouvre en 1997 s’annoncent bien plus structurés. Ils sont à nouveau rassemblés dans un grand cours qui reprend le titre donné dix ans auparavant : « Administration de l’architecture et contrôle architectural ». Comprendre l’éclectisme vient de paraître ; Epron est en pleine possession de son sujet. L’effort de synthèse se poursuit et aboutit à une reformulation magistrale du cours autour de quatre chapitres : « Les institutions professionnelles et administratives », « Doctrines architecturales et discours des architectes », « Le concours en architecture - les procédures de la compétition », « La pratique du jugement en architecture - la critique architecturale ». Aucun texte n’accompagne les exposés, mais les plans de cours détaillés sont complétés d’une bibliographie sélective.

La session 1999-2001 de ce que l’on appelle désormais le Centre des hautes études de Chaillot (CHEC) est la dernière à laquelle Epron, alors âgé de 70 ans, participe. Pour cette ultime session, il fait équipe avec une jeune architecte et urbaniste de l’État, ABF des Ardennes, Nathalie Mezureux. C’est avec elle qu’il travaille afin que le cours « Administration de l’architecture et contrôle architectural » de Chaillot se poursuive. Il donne son dernier cours au Trocadéro le 11 juin 2001.


 

Les dossiers documentaires, véritables outils pédagogiques

Entre 1987 et 1993, un corpus de textes complètent les exposés d’Epron à l’École de Chaillot. Il convient de s’arrêter un instant sur la pratique de compilation et d’étude de textes que l’enseignant utilise dans son activité pédagogique depuis la fondation de l’UPA de Nancy. Ainsi en 1971, dans le cadre du tout nouveau « séminaire permanent d’information sur l’évolution du cadre législatif et professionnel de la pratique architecturale », fait-il éditer des dossiers Recueils et commentaires dans lesquels on peut lire « L’objet de ce séminaire est d’analyser, classer, répertorier tout document intéressant les conditions d’exercice des professions dans leur rapport avec la production du cadre bâti ».

Poursuivant cette pratique à Chaillot, Epron précise dans sa note d’intention « Projet de séminaire – le contrôle architectural » les contenus de ces dossiers : « Chaque cours comprendrait en annexe […] la présentation : de textes jugés fondamentaux (de doctrine et de droit) ; d’œuvres (jugées exemplaires) ou de conflits (caractéristiques de situations dont on cherche à faire la théorie)18 ». Dès la première session, une dizaine de dossiers documentaires sont constitués (fig. 2). Epron utilisera ces compilations avec une visée pédagogique, afin notamment d’asseoir ses propos, mais aussi pour ouvrir et nourrir les débats possibles. Les trois tomes de l’Architecture, une anthologie publiés en 1992 et 1993 constituent sans doute la forme la plus aboutie de cette pratique du dossier documentaire. Leur mise à jour et réédition serait vraisemblablement opportune pour renouveler l’alliance profession-enseignement à l’heure où les écoles d’architecture se rapprochent à nouveau des standards universitaires qui eux s’ouvrent à d’autres pratiques pédagogiques.


 

L’exercice du jugement, une mise en scène pédagogique des objectifs du cours

Bien qu’ils n’aient existé que durant les deux premières sessions de son enseignement à Chaillot, il est utile de s’attarder sur les exercices pédagogiques mis en œuvre par Jean-Pierre Epron : l’esquisse architecturale soumise à un jury et la rédaction d’un avis conforme. Tous deux sont liés à ses exposés dont ils constituent une illustration, voire une mise en jeu.

Pour ce pédagogue, il ne s’agit pas d’une nouveauté mais plutôt d’un perfectionnement. Alors qu’il était enseignant et directeur pédagogique de l’UPA de Nancy dans les années 1970, Epron proposait plusieurs fois dans l’année aux étudiants de 3e cycle un séminaire intitulé « Esquisse ». Il s’agissait de réaliser, plusieurs fois dans l’année et sur un temps court, une esquisse architecturale à partir d’un programme et d’un terrain imposés. Les esquisses étaient ensuite exposées en classe et jugées devant les étudiants par un jury de circonstance composé par Epron. L’objectif pédagogique n’était évidemment pas l’esquisse en soi mais bien la mise en scène (en jeu) du jury et de la construction par celui-ci du jugement dans le huis clos de la classe. La séance du jury était ensuite analysée et commentée. C’est le même exercice pédagogique que l’architecte tentera d’installer à Chaillot, avec un public constitué pour la plupart d’architectes en exercice. Pendant la session 1987-1989, un exercice d’esquisse porte ainsi sur la ville de Reims. Chaque élève propose plusieurs interventions architecturales dans la ville (fig. 3). Les esquisses sont jugées le 27 juin 1988 par un jury qui comprenait entre autres Paul Chemetov et Henri Gaudin. Si cet exercice ressemble en grande partie à ceux organisés à Nancy, lors de la session 1989-1991, Epron demande aux étudiants de réaliser cinq esquisses architecturales et constitue pour chacune un jury de onze étudiants, dispensés dès lors à faire l’esquisse qu’ils doivent juger. Ce faisant il permet à chaque élève d’être tour à tour auteur et juge d’un projet et enfin spectateur de l’élaboration du jugement. Par ce décentrement, pourrait-on dire, il les amène à se détacher du projet pour mieux y revenir. Compte-tenu de l’originalité pédagogique de l’exercice, il serait sans doute intéressant d’en mesure l’impact a postériori sur les anciens étudiants et ce notamment dans l’exercice de leur métier.


 

Le jugement, une pratique qui établit un lien entre enseignement et profession ?

Le séminaire « Administration de l’architecture et contrôle architectural » à l’École de Chaillot est l’aboutissement de la carrière d’enseignant de Jean-Pierre Epron. C’est aussi celle de son activité de chercheur tournée vers la profession d’architecte, sa pratique, son institution et ses conflits. En treize ans, son séminaire n’a pas cessé de se préciser et cela concomitamment à l’édition de ses deux publications majeures : Architecture, une anthologie et Comprendre l’éclectisme. Le sujet qu’il traite est peu commun à Chaillot et plus généralement dans les écoles d’architecture. Il devra d’ailleurs s’en expliquer dès la première année pour éviter les malentendus : « M. Epron a précisé, en réponse à une question sur la présence ou non d’un cours sur l’esthétique, que sa démarche passait par l’acquisition d’éléments de jugement à travers un certain nombre d’hypothèses et d’approches historiques, afin de pouvoir réaliser un réel dialogue lors des prochains travaux pratiques, et que ce cours donne les éléments essentiels du contrôle architectural mais n’est en aucun cas un cours d’esthétique19. »

Pédagogue, Epron voit dans Chaillot, avec son public d’ABF en particulier, le lieu idéal pour transmettre des connaissances et, grâce à son regard critique sur la profession, d’autres aptitudes à l’activité de projet. Et s’il fallait proposer trois mots clés afin de commencer à définir la posture de Jean-Pierre Epron, on pourrait dire profession, histoire et jugement. De ces trois termes, l’hypothèse proposée serait que la procédure du jugement crée le lien entre enseignement et profession. Hypothèse qui reste à explorer et cela sans doute en s’intéressant à l’histoire car comme il l’indique à son successeur avant de quitter Chaillot : « Le combat à poursuivre est un combat pour l’histoire de l’architecture. Bon courage20 ! »

Juin 2021

Notes:

1 Jean-Pierre Epron, Notes manuscrites adressées à Nathalie Mezureux, 2 avril 2001. ENSA Nancy, fonds Epron 26.02.

2 L’agence Epron-Lambert est en activité à partir des années 50. Jean-Pierre Epron cessera son activité d’architecte libéral au milieu des années 1970 tandis que Lambert maintiendra l’activité de l’agence jusque dans les années 90.

3 Jean-Pierre Epron, « Enseigner l'architecture – L’architecture en projet », contrat de recherche Corda, 1975.

4 Dès 1980, Epron participe à la préfiguration de l’IFA.

5 Jean-Pierre Epron, « Jugement architectural et contrôle social », La Pierre d’angle, n° 6, juin 1987, p. 16-17.

6 Jean-Pierre Halévy (1927-2005) fut le premier directeur à temps plein du CESCHMA, de 1986 à 1994.

7 Programme 1987-1989, 10e session du CESCHMA, 100e année du cours du Trocadéro, note dactylographiée de 10 pages, sans date (vraisemblablement mai 1987, en vue d’une assemblée des professeurs prévue en juin). Archives de l’École de Chaillot (Cité de l’architecture & du patrimoine).

8 Jean-Pierre Epron, « Projet de séminaire – le contrôle architectural », note dactylographiée de 10 pages, sans date. ENSA Nancy, fonds Epron 19.08.

9 Ibid.

10 Ibid.

11 Entretien avec Jean-Pierre Epron réalisé par Lorenzo Diez.

12 Le cours de Chaillot, aujourd’hui sanctionné par un diplôme de spécialisation et d’approfondissement (DSA) mention « Architecture et patrimoine », est un cursus qui se déroule depuis longtemps en deux ans, à raison de deux jours tous les quinze jours.

13 Jean-Pierre Epron, notes manuscrites, ENSA Nancy, fonds Epron 16.05.

14 Cours « Le projet » donné le 15 mars 1994, Notes de cours manuscrites prises par Aurélia Dioré-Morando, étudiante à Chaillot lors de la session 1993-1995.

15 Jean-Pierre Epron (dir.), Architecture, une anthologie, 3 t., Liège, Mardaga, 1992-1993.

16 Au moment où est mis à l’étude le projet d’un Centre de Chaillot pour le patrimoine monumental et urbain.

17 Jean-Pierre Epron, Comprendre l’éclectisme, Paris, Norma, 1997. Ouvrage issu de la recherche « Éclectisme et profession », 1987, menée pour le Corda.

18 Jean-Pierre Epron, op. cit. Note n°8.

19 Compte rendu de la réunion des professeurs du 12 janvier 1988 réalisé par les étudiants. Archives de l’École de Chaillot.

20 Jean-Pierre Epron, op. cit. Note n°1

fig. 1_Notes préparatoires du 6eme cours donné en décembre 1990, ENSA Nancy, fond Epron, 1